La Cérémonie du Pow Wow par Tamara Farin
Début septembre en terres Navajo, c’est le moment de cette grande prière qu’est notre Pow Wow annuel.
Nous manifestons et appelons le monde des esprits pour que paix, fertilité et abondance honorent la terre.
Ouvrir le Cercle sacré Pendant l’année, l’Esprit nous a offert ce que nous avons mérité pour notre comportement responsable et pour notre générosité quotidienne : des plumes, des peaux, des griffes...
Ces choses qui ne s’achètent pas mais que seul l’Esprit nous donne.
Nos familles ont travaillé dure cousant et perlant pour faire nos costumes.
Les Anciens et notre chaman ont défini un cercle sacré fait d’un espace central pour la danse, et entouré de bancs pour les participants qui doivent prier avec nous.
Sur ce cercle, il y a quatre portes pour laisser entrer respectivement les esprits de l’est, du sud, de l’ouest et du nord.
Notre chaman a prié aux quatre directions et purifié ce lieu où nous allons contacter les esprits.
Il a offert de la farine de maïs car il faut toujours nourrir l’Esprit en premier.
Il a fumé la pipe sacrée afin que ses prières montent vers Père ciel.
C’est à nous de rentrer dans l’arène, toujours par la porte de l’est.
De danse à transeLes tambours résonnent et nous sommes pris dans les battements du cœur de la terre.
Le feu émerge de son ventre et pénètre notre corps.
Très vite, nous rentrons dans un espace où notre seul but est de danser pour faire vibrer nos corps de l’intérieur jusqu’à rejoindre les vibrations sacrées du monde de l’invisible.
Nos pas vêtus de mocassins sont légers, nos mouvements sont fermes et déterminés.
Tournoyant, tous nos sens se confondent, ce que nous voyons, entendons, faisons, converge vers une seule et même énergie qui est celle des esprits.
Le vent devient fort dans nos plumes, le soleil brûlant sur nos peaux de bête et la terre vivante plus puissante que jamais.
Un flux d’énergie envahit l’arène nous emmenant tous avec lui.
Toute notre attention est portée sur l’Esprit que l’on sent descendre sur nous.
Nous sommes baignés de la sensation étrange que nous ne sommes plus seul et que les présences se multiplient autour de nous.
Nous nous sentons contenus dans quelque chose de doux, d’enveloppant, de vibrant.
L’unité et la force saisissent nos cœurs.
Notre chaman porte son regard vers le ciel.
Ses yeux profonds et son air enjoué indiquent que les esprits sont là et que nous devons continuer à nous laisser emmener dans cet infini.
Deux corbeaux crient dans le ciel puis tournoient au-dessus de l’arène.
L’odeur des peaux de bêtes, du tabac et de la sauge nous aspire dans une vibration finale où nous devenons les esprits.
Les mouvements de notre corps ne nous appartiennent plus.
Ce que nous voyons n’est plus notre vision, tout devient énergie, lumières, mouvements, fusions.
Nous dansons pour tous les êtres vivants et pour la terre entière.
Nous permettons aux esprits de vivre et de faire leur travail ici bas.
C’est maintenant le chaos qui se manifeste et nous savons que cela est bon : il permet de réorganiser et de rééquilibrer ce qui est.
Il n’y a qu’à observer notre chaman dans sa posture centrée, forte et puissante pour savoir que de cela naît l’harmonie.
Cette transe va durer longtemps, très longtemps, et plusieurs esprits vont visiter notre corps et accomplir leur mission.
Nous nous sentirons alors la fierté de notre nation, les fils de la terre, une manifestation de l’Esprit.
Nous nous sentirons des êtres pleins, heureux au présent et se sachant fort ensemble.
Cela n’est-il pas ce que l’Esprit veut de nous ?
